Défendez le droit d'asile !

A IGNORER SON PASSE ON S’EXPOSE A LE REVIVRE

Après chaque catastrophe humanitaire les belles âmes s’écrient: PLUS JAMAIS CA;

Et pourtant!

En mars 1938 l’Allemagne hitlérienne envahit l’Autriche et la soumet aux lois raciales du nazisme. Le gouvernement américain convoque une conférence de 28 pays libres et démocratiques pour examiner les moyens de  "faciliter l’émigration des réfugiés politiques en provenance d’Autriche et probablement d’Allemagne".

Sous le coup de l’émotion, Theodore ROOSEVELT, président des Etats-Unis, soulève la question pourtant déjà connue depuis de 1933, celle des Juifs menacés par le régime hitlérien et dont on s’attend à ce qu’ils cherchent refuges dans les pays libres.

La question clairement posée est celle d’accueillir dans ces pays des centaines de milliers de juifs menacés de mort dans leur pays.

Cette initiative vise à "répartir les émigrés" dans les différents pays, en respectant leurs lois, pour un nombre plus important de réfugiés.

 Dans quel contexte la FRANCE aborde-t-elle cette conférence? Le gouvernement de Léon BLUM favorable à une politique plus généreuse vient de tomber et est remplacé par un gouvernement de droite qui se fait l’interprète de "l’opinion publique" qui rejette massivement les étrangers au nom de la préservation de la culture et dans la crainte qu’une arrivée massive ne se fasse au détriment des "Français de souche".

Très rapidement le représentant français à cette conférence met en avant des arguments qui sonnent étrangement familiers à nos oreilles:

  • La France en est au point extrême de saturation si elle ne l’a pas déjà atteint;
  • Il faut éviter qu’une diplomatie novice (sensible aux droits de l’homme?) n’éveille des espoirs immodérés chez les persécutés (parle-t-on déjà du sinistre "appel d’air"?);
  • Si accueil il devait y avoir il faudrait soigneusement trier les réfugiés pour éviter d’accueillir les "rebuts" des sociétés allemandes et autrichiennes.

Dans ces conditions l’issue de la conférence qui se réunissait à partir de juin 1938 à Evian était certaine. Elle tourne à un forum où s’étalent les égoïsmes nationaux.

Après la Nuit de Cristal, 10-11 novembre 1938), la fermeture de notre territoire reste un dogme justifié par l’Etat, qui invoque la "saturation", le risque de graves difficultés politiques et la peur qu’un "afflux d’israélites" ne vienne provoquer des troubles d’ordre racial, arguments qui justifient que le pays reste fermé. 

Les négociations se poursuivent à Londres, des accords partiels sont trouvés mais la France, comme un grand nombre de pays, refuse un traitement global et négocié de la question des réfugiés.

Certes ces discussions ont posé le principe d’une politique internationale des réfugiés mais, faute d’accord sur des modalités pratiques, l’accueil d’un nombre significatif de réfugiés juifs ne peut être acté. La France comme d’autres dont l’Angleterre a joué le rôle de frein face à la volonté des Etats Unis.

En 1945 on fait semblant de découvrir l’ampleur de l’extermination des juifs et des 6 millions de morts du génocide.

JUIN 2015

Un enfant de 3 ans est photographié mort sur une plage turque. Les pays européens s’émeuvent devant le nombre grandissant de demandeurs d’asile en provenance de Syrie (mais aussi d’ailleurs) qui frappent à nos portes. Plusieurs millions de Syriens s’enfuient, des dizaines de milliers d’Irakiens, d’Erythréens, d'Africains, d'Afghans de ressortissants des Balkans ou du Caucase cherchent refuge chez nous.

Des réunions sont organisées, la Commission Européenne propose des quotas d’accueil par pays.

Les arguments entendus en 1938 font à nouveau surface.

Comme en 1938 l’attitude des pays est extrêmement diverse. L’Allemagne propose d’accueillir sans limite les demandes. La France propose d’en accueillir 24000 en 2 ans, alors que l’Allemagne en accueillera 800000 pour la seule année 2015. L’Angleterre est absente, les Etats-Unis restent étonnamment frileux.

L’accord se fait sur la base minimale, des murs s’élèvent, combien de morts y aura-t-il cette fois?

 

 

 

Vous êtes ici : Accueil Association ADA A IGNORER SON PASSE ON S’EXPOSE A LE REVIVRE