Défendez le droit d'asile !

MEME PAS HYPOCRITES

Certains jours, on aimerait avoir pris sa carte au Parti socialiste. Ne serait-ce que pour pouvoir la rendre.

Depuis près de deux ans, en matière d'accueil des étrangers et de respect du droit d'asile, notre gouvernement ne cesse de prendre des décisions qui vont dans une direction absolument opposée à celle pour laquelle certains parmi nous l'ont porté au pouvoir. Et pour la plupart d'entre nous, elles causent un trouble profond, une réelle sidération.

Reconnaissons-leur pourtant un aspect positif: le gouvernement ne s'embarrasse généralement pas de fioritures et parle franc.

Les déclarations et le comportement des autorités françaises envers les demandeurs d'asile, réfugiés et personnes étrangères installées à Porte de la Chapelle et ailleurs à Paris, à Calais, et dorénavant à Vintimille sont inacceptables. L'usage de la violence policière n'est pas tolérable, que ce soit envers ces personnes comme à l'égard des citoyens et des élus venus les soutenir.

Quant aux visites et opérations tant vantées à Calais ou à la Chapelle visant à instruire en urgence les demandes des personnes vivant dans les jungles et les tentes, elles relèvent parfois de la farce: 5 minutes d'audition avec un Erythréen pour lui octroyer le statut de réfugié à Calais, 2 ans d'instruction pour le lui refuser à Grenoble.

Les prises de positions du Premier ministre et du Ministre de l'intérieur envers les propositions d'une répartition plus solidaires – les fameux "quotas" devenus "clés de répartition" – entre Etats de l'Union européenne des personnes parvenues en Italie et en Grèce relèvent de la comédie dans le meilleur cas, de la caricature d'inspiration lepéniste dans le pire. Pour rappel, l'Union européenne proposait qu'un peu plus de 6000 personnes récemment parvenues en Italie et en Grèce soit orientées vers la France, le total de ces "relocations" vers d'autres Etats membres ne représentant que 40% du total des personnes arrivées depuis le début de l'année 2015 en Italie et en Grèce. Quelqu'un aurait-il besoin d'une piqure de rappel sur la situation géopolitique au Moyen Orient? Ah, oui, la France accepte d'accueillir 500 réfugiés statutaires syriens. 500, ça n'a pas fait rire le commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe Nils Muiznieks.

Les dernières allocutions en date du Ministre de l'intérieur visant à expliquer le brutal blocage des migrants à Vintimille par la Police de l'Air et des Frontières relèvent de l'ineptie incantatoire. La seule justification présentée est le respect des "règlements européens", Schengen et Dublin 2. Le premier régit la liberté de circulation au sein des Etats membres de l'UE. Le second détermine les conditions sous lesquelles un Etat membre est responsable de l'instruction d'une demande d'asile. Ce second texte est à la racine du problème: c'est parce que le règlement Dublin, qui en est pourtant à sa troisième version, se refuse à intégrer un mécanisme de solidarité entre Etats et de contrôle de son efficacité que le système d'asile européen est mort-né. En vertu du règlement, dont la refonte, après de profondes critiques, remonte à juin 2013, les Etats périphériques de l'Union – la Grèce, l'Italie, Malte, l'Espagne, les Etats baltes, la Pologne, la Hongrie, la Roumanie tous traversant à des degrés divers d'importantes crises politiques et/ou économiques – se voient contraints de gérer non seulement le contrôle des frontières extérieures de l'Union, mais aussi d'accueillir les arrivants et d'instruire leurs demandes d'asile. Ce règlement permet à notre doux pays et son sage Gouvernement de faire le dos rond et de décider de refuser de prendre sa part de détresse humaine débarquant sur les cotes de la Méditerranée, alors même que la demande d'asile décroît en France et que notre pays est passé du rang de premier à celui de quatrième pays d'accueil des demandeurs d'asile.

En effet, pourquoi venir en France? La fausse hypocrisie de la Réforme du droit d'Asile tant vantée vise, à budget quasiment constant, avant toute chose à réduire les coûts liés à l'instruction des demandes d'asile – c'est cela et rien d'autre qui sous-tend la volonté de diminuer les délais d'instruction – tandis que les conditions d'existence réservées à la majorité des demandeurs d'asile en court d'instruction sont de l'ordre du traitement inhumain et dégradant.

Les récentes rodomontades des dirigeants de l'Union envers les "Passeurs" qu'il convient de terroriser en bombardant leurs bateaux et en lançant une aussi coûteuse qu'inutile opération militaire sur les flots méditerranéens, doivent beaucoup à nos sages gouvernants français pour qui la meilleure façon de traiter les migrations internationales et la fuite des réfugiés est de les cantonner dans des pays eux-mêmes au bord de l'explosion sociale et politiques, quand ils ne sont pas déjà pulvérisés, à l'image de la Libye.

Tout cela décidément, ne correspond pas à ce qu'on attendait d'une politique d'un gouvernement et d'un parti se réclamant de gauche: une politique ambitieuse, humaniste, intelligente, constructive.

Mais consolons-nous: si nous n'avons pas de carte du Parti socialiste, nous avons une carte d'électeur!

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